Copie Carbone

Nous sommes entourés d’images, de signes, représentant une chose absente que la forme et la couleur reproduisent. Les publicités en sont le meilleur exemple, celles-ci se fondant sur un objet, un endroit, une idée, qu’elles évoquent à travers une image soigneusement construite. Une reproduction de ce qu’elles représentent, une abstraction de ce que l’on considère être l’original. La publicité ne prétend pas avoir une relation à cet original et le gauchit plutôt à des fins explicitement commerciales.
Qu’en est-il alors de ces images qui recopient directement une oeuvre d’art? Pour le spectateur, la différence  peut sembler faible quand il s’agit d’une pièce méconnue reproduite sur carte postale. Mais que se passe-t-il  lorsque l’oeuvre copiée est emblématique? Si les publicités abstraient clairement la chose qu’elles représentent en affirmant directement leur intention commerciale, la différence entre deux versions d’une même image, elle, est à peine perceptible.
David LaChapelle - The Last Supper, 2003
David LaChapelle – The Last Supper, 2003
Selon Walter Benjamin, nous pouvons trouver une différence dans l’essence artistique. Dans son ouvrage « The Work of Art in the Age of Mechanical Reproduction », il écrit que « même la plus parfaite reproduction d’une oeuvre d’art manque d’un élément: sa présence dans le temps et l’espace, son existence unique à l’endroit où il se trouve qu’elle a pris forme. » Ce qui confère dans un premier temps sa valeur à une oeuvre d’art – le temps – est ineffable et cependant nous essayons de la capturer par la reproduction. La reproduction mécanique, du moins dans l’esprit de Benjamin, a pour conséquence la déformation de la valeur à partir de laquelle nous définissons l’art.
Ceux qui choisissent d’aller visiter la Joconde sont extrêmement distanciés de la pièce en tant que moment dans l’histoire de l’art. En fait, ils voient même rarement la peinture, la regardant à travers leur iPad ou leur caméra, ces appareils de reproduction miniature qui leur permettent d’en emporter une partie chez eux. Et pourtant, au plus une oeuvre est accessible, au plus, paradoxalement, elle prend et perd à la fois de l’importance culturelle. La pièce sera hors de prix, reproduite à échelle mondiale et instantanément reconnue comme un symbole de la culture contemporaine. Cependant, au plus ceci se produit, au plus nous éloignons en termes de temps de la pièce originale et au moins nous pouvons retrouver l’artiste dans sa propre création. Les masses s’approprient l’oeuvre.
Devorah Sperber - After The Mona Lisa 2, 2005
Devorah Sperber – After The Mona Lisa 2, 2005
Depuis que l’art est mécaniquement reproduit, « ni le temps ni l’espace n’ont l’importance qu’ils avaient dans une perspective immémoriale ». Benjamin pense que la reproduction perturbe notre conception du temps. Ce qui a été créé à une époque passée est recréé via des copies, aujourd’hui, et est instantanément disponible pour chacun tout le temps. Nous conférons du sens à partir du temps et donc, nous comprenons les choses à travers une catégorisation temporelle. Lorsque ceci est perturbé, une chose perd sa valeur originelle parce qu’elle est immédiatement disponible pour chacun en tant que constante au sein du présent. Elle n’a plus de valeur temporelle. En reproduisant une oeuvre d’art nous tentons de capturer son essence. Au plus un objet est copié, cependant, au plus nous l’altérons et au plus nous sommes loin de capturer ce qui est en son coeur. En rendant le passé présent, l’original se perd dans le temps et nous ne conservons qu’une copie d’une copie d’une copie.
 

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