André Kertész – L’Homme de l’Ombre

Apatride, indépendant de tout mouvement et de toute école, solitaire, André Kertész aura préservé et nourri son instinct visuel pour, comme il aimait à le dire, toujours interpréter son ressenti. Repoussant les frontières du style et de la technique, ce photographe hongrois bouscule les stéréotypes de genre dans un incessant renouvellement. Autodidacte né en 1895, il achète son premier appareil à 18 ans et se voit, quelques mois plus tard, enrôlé. Il photographie, les quatre années durant, le premier conflit mondial mais ne parvient malheureusement pas à sauver les clichés. De retour parmi les siens, il immortalise sans cesse ses proches et plus particulièrement son frère. Photographiant ce dernier dans une piscine, Kertész s’enthousiasme pour les jeux d’ombres et de reflets et découvre leur puissance de déformation des corps. Dès cet instant, il s’attèle à la construction de ce qu’il nomme lui-même « langage photographique ». « Mon anglais est mauvais. Mon français est mauvais. La photographie est ma seule langue.» Le premier succès vient en 1929, à l’exposition Film Und Photo où il présente le cliché moderne d’une fourchette reposée sur une assiette.
André Kertész - L’Homme de l’Ombre
Expatrié depuis 1925 à Paris, Kertész travaille pour le magazine Vu où il invente le reportage photo non documentaire. « Je ne documente jamais, j’interprète toujours avec mes images. J’interprète ce que je ressens à un moment donné. Pas ce que je vois, ce que je ressens.» Les surréalistes l’encensent et se le revendiquent suite à l’apparition de sa série de distorsions, éditée par le magazine de charme Sourire. Il obtient dans cette collection des déformations corporelles par la combinaison de deux miroirs. Le moindre mouvement du mannequin suffit à engendrer d’immenses métamorphoses picturales, de l’horrible au sublime. Mais le solitaire Kertész ignore le corporatisme. Son instinct lui est trop vital que pour compromettre sa liberté par des frontières de style, de genre ou de courant. Cette liberté lui coûtera d’ailleurs son premier emploi de photographe, dans les mercantiles Etats-Unis. «Ses images parlent trop! » Peu lui importe, seule compte l’expression de son ressenti. Il emménage avec son épouse Elisabeth Sali dans un modeste appartement acquis pour la vue unique qu’il offre. De sa fenêtre, et jusqu’à la fin de son existence, Kertész immortalise les toits de New-York, les ombres projetées sur les murs, la géométrie de l’urbanisme. Sur cette même fenêtre, il s’initie à la couleur et au Polaroïd, en y photographiant un buste, puis un deuxième. Ces figures de verre lui évoquent feu son épouse, son couple. Le Polaroïd permet aussi de nouvelles expérimentations. Après avoir composé par combinaison (hélice greffée d’un bras), par usure (révélation de négatif troué pour un effet de vitre brisée), il insuffle ses sentiments dans la déstructuration des tons naturels. Il secoue par exemple ses instantanés avant le séchage des encres afin de ternir et jaunir les couleurs. Moins connu que son homologue et contemporain Man Ray, Kertész s’est éteint en 1984 et est, aujourd’hui, considéré comme un immense photographe avant-gardiste et visionnaire. Avant sa mort, il a légué l’ensemble de ses négatifs à la France, son pays d’adoption.
Enfin, signalons que le Jeu de Paume a consacré un ouvrage au cheminement photographique d’Andre Kerstész. Vous le trouverez sur Amazon.

André Kerstész

 
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